Sophie Mougard, « Le report modal a démarré » - VRT du 29 janvier 2013

Le report modal a démarré

Sophie Mougard revient dans cet entretien sur les premières Assises de la mobilité en Île-de-France, organisées par le Stif le 17 janvier dernier. Leur objectif : accompagner l'ambitieux report modal prévu dans le plan de déplacements urbains d'Île-de-France, déjà en cours depuis dix ans.

 

Ville, Rail & Transports : Vous avez organisé les Assises de la mobilité en Île-de-France et remis à cette occasion des Trophées. Pourquoi cette initiative ?

Sophie Mougard : Elle s'inscrit dans la perspective du plan de déplacements urbains. Ce PDU, arrêté par la Région, sera prochainement à l'enquête publique. Il est le fruit d'un grand travail de concertation piloté par le Stif. Les actions du PDU doivent permettre d'atteindre la réduction de 20 % des émissions de gaz à effets de serre liés aux transports dans notre région d'ici 2020. Je rappelle que, pour une croissance de la mobilité de 7 % d'ici 2020, le PDU a pour objectifs une réduction de l'usage de l'automobile de 2 %, une croissance des modes actifs de 10 %, et des transports collectifs de 20 %. Ces perspectives, nous avons pu les confronter avec les résultats de l'enquête globale transports, réalisée par l'Observatoire de la mobilité en Île-de-France (Omnil) auprès de 18 000 ménages. Entre 2001 et 2010, nous avons enregistré une croissance de 21 % des déplacements en transport collectif. C'est totalement cohérent avec ce que nous voulons faire dans le PDU. La part de l'automobile a décru dans Paris, a été stabilisée en proche couronne et a continué à augmenter en grande couronne. Au total, elle a été stabilisée. Cela montre que nous pouvons atteindre nos objectifs. Pour y parvenir, nous avons ouvert un espace de dialogue permettant d'échanger avec les acteurs qui sont responsables de la construction de la ville, du stationnement, du partage de la voirie, des nouveaux usages de l'automobile, du transport de marchandises. Car, dans ces domaines, le Stif n'est pas maître d'ouvrage mais animateur. Au printemps, nous mettrons en ligne un nouveau site Internet du PDU. Car nous avons observé le besoin qu'ont les acteurs d'échanger sur les pratiques, au-delà des Assises qui auront lieu chaque année. Il faut que chacun des acteurs s'approprie le PDU. Et les Trophées nous y aident, en mettant en valeur les actions qui vont dans ce sens.

VR&T. Quand on l'analyse en détail, que représente la croissance de 21 % des déplacements en transport collectif entre 2001 et 2010 ?

S. M. La croissance s'est surtout faite en dehors des heures de pointe du matin et du soir, et elle a été très forte le week-end, de 68 % le samedi, et de 84 % le dimanche. Cela répond d'ailleurs au développement par le Stif de l'offre bus, du cadencement ferroviaire ou du prolongement de service de métro. Cette croissance concerne tous les territoires. 51 % des déplacements se font pour des motifs domicile - lieu de travail ou d'études, mais ce sont les autres déplacements qui sont en forte croissance.
Sur le long terme, on rompt avec une certaine stabilité. Les déplacements quotidiens en transport public se montaient à 6 millions en 1976, 6,2 millions en 1983, 6,7 en 1991, 6,8 en 2001… et 8,3 en 2010 ! Cela vient du fait que nous avons développé l'offre. Le vélo aussi connaît un fort essor. Sa part a doublé en dix ans, et il sert pleinement dans les déplacements domicile - travail. On remarque encore que, pour la première fois depuis 1976, les modes individuels motorisés ont été stabilisés ces dix dernières années, même si les deux-roues motorisés ont fortement augmenté. Au total, le report modal a démarré.

VR&T. Comment peut-on développer la part du transport collectif en grande couronne ?

S. M. La première réponse, c'est l'offre bus. Il faut créer des lignes et en renforcer d'autres. Depuis 2006, sur 1 400 lignes, 1 000 ont été renforcées. Ce ne sont pas des grands projets emblématiques, on ne coupe pas de ruban, mais c'est essentiel pour la vie des gens. Autre réponse, l'intermodalité, qui permet de bénéficier pleinement du RER et du Transilien. Nous travaillons donc sur le rabattement par les bus ou les modes actifs et sur les parcs-relais. Il faut aussi fiabiliser l'offre. Cela passe par la mise en œuvre des schémas directeurs des RER. La rénovation du matériel roulant est en route. Le Stif a engagé 2 milliards d'euros. Et la commande des RER deux niveaux de nouvelle génération est en cours. Nous travaillons aussi, à moyenne échéance, sur les schémas directeurs des RER, pour réarticuler la desserte notamment en lien avec le Grand Paris Express. Pour les lignes de train, nous avons demandé à RFF et à la SNCF de travailler à des schémas de secteur, dans l'esprit des schémas directeurs de RER.

VR&T. RFF et SNCF Infra vont constituer un gestionnaire d'infrastructure unifié, en priorité en Ile-de-France. Qu'attendez-vous de ce rapprochement ?

S. M. Ce qui m'apparaît important, c'est que deux opérateurs, l'un des trains, l'autre des infrastructures, aient ensemble la même préoccupation : que les voyageurs arrivent à l'heure. C'est pour cela qu'à travers le contrat passé avec la SNCF nous les avons coresponsabilisés. Il faut que les deux soient tendus vers un objectif, la régularité, la ponctualité.
L'info-voyageurs doit être fiable et pertinente, en particulier en situation perturbée. La seule façon d'évaluer la pertinence, ce sera de demander leur avis aux voyageurs. C'est dans le contrat. Ce que nous souhaitons, c'est une transparence et une unicité dans le pilotage des opérateurs d'un service. Pour le RER B, nous attendons le centre unique de pilotage où se retrouveront la RATP, la SNCF et le GIU. Nous attendons, sur le RER A, qui a cinq branches RATP et une branche SNCF, une proposition sur le centre unique de pilotage et l'amélioration de l'exploitation, dans le respect du dialogue social.

VR&T. Cette année va être une grande année de tramways, à la suite de 2012…

S. M. On se rapproche ici de la zone dense et l'on doit traiter des flux importants en offrant un haut niveau de service qui garantit le temps de parcours. La réponse, c'est soit le tramway, soit le T Zen. Ce sont nos lignes de surface structurantes, qui doivent être maillées avec l'ensemble du réseau. En 2012, nous avons inauguré les prolongements du T1, T2, T3. Vont maintenant venir le T5, Saint-Denis - Garges - Sarcelles, et le T7, Villejuif - Athis-Mons, qui ira dans un second temps jusqu'à Juvisy. Viendront ensuite les T6 et T8 et le prolongement du T4 vers Clichy-Montfermeil. Nous travaillons sur les prolongements du T1 d'un côté jusqu'à Val-de-Fontenay et de l'autre côté vers Colombes.

VR&T. On attend les arbitrages sur le Grand Paris Express. Que souhaitez-vous ?

S. M. Il faut prendre en compte les coups partis. La ligne Rouge sud est étudiée par la Société du Grand Paris, et la concertation commence le 12 février sur la ligne Orange. Il faut ensuite prendre en compte les trafics attendus. Je rappelle que des arbitrages doivent aussi être rendus sur la réalisation du plan de mobilisation, dont fait partie le prolongement du RER E.
VR&T. La SNCF et RFF souhaitent, pour mieux conduire les travaux, pouvoir interrompre les lignes, comme on le fait avec les opérations Castor sur le RER C.

VR&T Qu'en pensez-vous ?

S. M. Nous avons émis le vœu que la dimension de l'impact soit prise en compte en amont, que les scénarios possibles soient présentés et explicités. Il faut anticiper, en discuter avec l'AO, programmer. La décision ne doit pas être dictée uniquement par des questions économiques. Si on le fait, il faut que soit mis en place un service de substitution digne de ce nom. Dans la table ronde organisée à l'Assemblée nationale sur les transports en Ile-de-France, le 30 janvier, il a été reconnu que le Stif parle au nom des usagers et c'est important. Et je me félicite que les opérateurs se soient montrés attentifs à la logique d'ensemble portée par le Stif.

 

Propos recueillis par François Dumont

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