Localiser les jeunes usagers pour optimiser les dessertes des établissements scolaires

Localiser les jeunes usagers pour optimiser les dessertes des établissements scolaires

Par la direction Transports et Déplacements de la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines

Afin d'optimiser la desserte des établissements scolaires, la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines (Casqy) a mené une grande enquête de localisation de plus de 16 000 élèves auprès de 25 établissements. Elle a pu ainsi, après concertation, restructurer le réseau des scolaires qui n'avait pas bougé depuis des années. L'agglomération a utilisé la même méthode à l'occasion de la création de nouveaux quartiers résidentiels ou de l'arrivée de nouvelles entreprises importantes sur son territoire.

Le territoire de la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines (Casqy) bénéficie d'un réseau dense de lignes régulières complété par des courses (trajets) et lignes dédiées à la desserte des établissements scolaires.

Ainsi, la desserte régulière de 11 établissements est complétée par 17 liaisons « dédiées » (avant la restructuration). Celles-ci couvrent des flux spécifiques, comme par exemple celui d'un collège dont les élèves viennent d'une commune éloignée suite à la réorganisation de la carte scolaire ou d'établissements dont le rayonnement est au-delà de l'intercommunalité.

En 2011, la Casqy, consciente de l'importance d'une desserte scolaire de qualité, notamment pour fidéliser de futurs voyageurs des transports en commun, a entrepris une démarche ambitieuse visant à l'améliorer en optimisant les moyens engagés. Dans ce but, un bilan exhaustif de l'usage de l'offre de bus existante desservant les 35 collèges et lycées fréquentés par les enfants du territoire a été complété par un point complet des besoins grâce à la géolocalisation. Fort de ces éléments de diagnostic, des propositions de modifications ont été formulées, puis engagées avec Sqybus, l'affréteur conventionné, et d'autres transporteurs assurant des dessertes scolaires non conventionnées avec la collectivité. Le travail d'optimisation a ainsi conduit à prendre en compte l'ensemble des moyens existants sur le territoire.
Etudier les réseaux scolaires pour les optimiser

Enquêter pour faire évoluer l'offre de transports

Depuis 2007, des adaptations horaires avaient lieu tous les ans suite à une enquête conduite auprès de tous les établissements scolaires fréquentés par les élèves de la communauté d'agglomération, mais aucun changement d'itinéraire ni bilan de fréquentation de ces courses n'avait été effectué depuis les années 1980.

Dans l'intervalle, Saint-Quentin-en-Yvelines avait connu des développements urbains importants du fait de son statut de ville nouvelle. De nouveaux quartiers avaient émergé, d'autres avaient vu leur population vieillir. Un travail global devait être mené pour adapter l'offre de transport aux évolutions des territoires et des populations. L'outil SIG (système d'information géographique) était tout indiqué pour mener à bien une réflexion globale sur ces besoins spécifiques, en complément d'un travail de terrain de l'opérateur de transport visant à connaître précisément la fréquentation et l'usage des lignes.

Une enquête pilotée par la communauté d'agglomération auprès des établissements scolaires (principalement ceux bénéficiant de dessertes spécifiques) a été décidée en septembre 2011. Elle a été effectuée en octobre 2011 sur 15 collèges et 10 lycées, et a concerné 8 624 lycéens et 7 432 collégiens, pour un total de 16 056 élèves.

Méthodologie de l'enquête de géolocalisation

Le choix s'est porté sur des contacts par courriel avec les établissements scolaires, dans la lignée des pratiques développées depuis 2007 à l'occasion de l'enquête annuelle. Un courrier signé du président de l'agglomération et présentant la démarche a été envoyé à tous les chefs d'établissement, associé à un tableur vide présentant les données nécessaires à l'étude. Les réponses pouvaient se faire via ce fichier ou, dans la très grande majorité des cas, par une adaptation simple des fichiers internes déjà existants.

La Cnil, qui encadre le traitement automatisé de données, ne demande pas de déclaration à partir du moment où les échanges d'informations sont anonymisés : cette précaution a facilité la forte participation des établissements. Le fichier envoyé devait ne contenir pour chaque élève fréquentant l'éta-blissement qu'un nom de rue, le code postal et la ville : pas de numéro de bâtiment, pas de date de naissance, de niveau, et bien évidemment pas de nom ! Si la majorité des retours était conforme à la loi et à la consigne de départ, certains fichiers ont nécessité une étape supplémentaire (parfois les numéros de rues restaient présents). Une fois tous les fichiers rendus parfaitement anonymes, les données ont été formatées pour en assurer une parfaite interprétation : transformation du code postal en code Insee communal, suppression des accents, ponctuations et caractères spéciaux, passage systématique en majuscule, correction des coquilles et abréviations dans le nom des rues et des villes. Cette étape a nécessité, en moyenne, plus d'une heure de traitement par liste. Les données ont ensuite été intégrées dans le logiciel de SIG ArcMap. Les centres de rues ont été retenus pour référence de géocodage, toujours dans un souci d'anonymat.
L'exemple de deux lycées mieux desservis

Modification de la ligne desservant le lycée de Villaroy

La géolocalisation met ici en évidence un circuit de bus qui passait à côté d'un potentiel important d'élèves. Le circuit de la ligne « scolaire » a été modifié pour leur offrir une desserte de proximité, plutôt que le long d'une départementale.
Optimisation de la desserte du lycée franco-allemand

La première carte met en évidence un nombre important de lignes desservant le même établissement.

La ligne « marron » a été supprimée, son trajet étant dorénavant assuré par une modification du tracé de deux lignes : la « verte » qui reprend celui de la « marron », tandis que la « jaune » voit son interdiction de trafic local levée et son itinéraire légèrement étendu. La ligne « bleue », dont l'itinéraire était compliqué, bénéficie maintenant d'un circuit plus lisible.

L'étape suivante a consisté à représenter, sur les cartes, les lignes et arrêts de bus existants, les lieux de résidence des élèves, établissement par établissement. Ces cartes ont alors été analysées par les deux agents de la communauté d'agglomération en charge des transports en commun pour détecter les doublons de services, les dessertes inadaptées et trouver des solutions plus rationnelles. Ces choix se sont faits sur la base d'une attractivité des arrêts de bus estimée à un rayon de 300 mètres, une bonne valeur de référence en zone urbaine dense. Le calcul aurait également pu se faire sur la base d'un linéaire réel de trajet pour les piétons, ou d'un calcul se basant sur un temps de parcours.

Ces cartes et cette première analyse ont ensuite été transmises à Sqybus avec comme consigne de refaire l'analyse et de vérifier si d'autres solutions pouvaient être envisagées. Ainsi, des adaptations de l'offre ont été faites par les techniciens de la collectivité et de Sqybus qui connaissent bien le territoire et ses contraintes de circulations.

Une fois le travail de géolocalisation réalisé, les principales pistes d'amélioration de desserte ont été présentées au Stif qui a été associé tout au long de la démarche. A la clé, deux véhicules aux heures de pointe ont été retirés, ce qui prouvait la pertinence de l'optimisation du réseau. La Casqy a également obtenu l'accord du Stif de travailler avec un autre transporteur non conventionné afin que celui-ci prenne en charge des élèves sur la commune de Guyancourt permettant de supprimer un circuit effectué auparavant par Sqybus.

Un travail de concertation

Le transport des élèves est toujours une question sensible, soulevant de nombreuses inquiétudes de la part de tous les acteurs : communauté d'agglomération, communes, parents d'élèves, établissements. Il fallait donc être capable, dans cette démarche de restructuration globale, de rassurer l'ensemble des parties, en menant une large concertation et en s'engageant à ne pas priver de desserte les élèves qui en disposaient déjà. Une grande opération de concertation a donc été menée auprès des communes, des établissements scolaires et des parents d'élèves. Au total, une trentaine de réunions ont été organisées. Toutes les communes concernées ont été rencontrées au moins une fois, pour informer et consulter à la fois les élus et les techniciens. Lors de chaque réunion, une présentation expliquait la démarche globale et le travail de géolocalisation, puis détaillait les modifications du réseau pour les établissements intéressant la commune. Les propositions ont été bien acceptées dans la mesure où le nouveau schéma ne privait aucun enfant de desserte et permettait même l'accès au réseau à d'autres enfants.

La concertation avec les établissements scolaires et les parents d'élèves s'est également bien déroulée. Toutefois, à deux reprises, le dialogue s'est révélé plus compliqué et a nécessité de nouvelles rencontres. Dans le premier cas, un collège de secteur, les parents montraient de l'inquiétude à l'idée que leurs enfants allaient, selon le nouveau tracé, être déposés le long d'une route départementale. En améliorant la proposition initiale, une solution a permis de lever leurs inquiétudes. Dans le second, celui d'un lycée prestigieux à recrutement régional, l'habitude existait de traiter directement avec les transporteurs. La principale difficulté a donc consisté à revenir sur des pratiques ancrées et à rappeler que la desserte des établissements n'est pas de la compétence de ces derniers. Par ailleurs, les parents d'élèves craignaient des situations de surcharge, suite à la suppression d'une des lignes et à la fusion entre deux autres. Ils ont pu être rassurés par les estimations chiffrées du transporteur, qui se sont vérifiées sur le terrain à la rentrée, et par l'installation d'une veille spécifique.
Composer avec le cadre légal et l'historique

Depuis 2005, le Stif est responsable de l'organisation et du fonctionnement des transports scolaires. En 2011, il a délégué cette compétence aux conseils généraux de l'Essonne et de la Seine-et-Marne. Les autres conseils généraux d'Ile-de-France n'ayant pas été candidats, le Stif s'appuie donc sur les collectivités.

Toutefois, la communauté d'agglomération n'a pas la compétence pour organiser le transport scolaire au sens strict et légal du terme. Il existe néanmoins, de fait, au sein du réseau de bus du territoire, 10 lignes régulières à caractère scolaire. Ces lignes fréquentées très majoritairement – voire uniquement – par des élèves ont des itinéraires conçus pour desservir les établissements scolaires avec des horaires calés sur les entrées et les sorties des cours.

Historiquement, elles ont été créées pour répondre aux besoins des établissements scolaires et des parents d'élèves, certaines ne s'inscrivant pas dans les règles de sectorisation de l'Education nationale. La communauté d'agglomération se devait donc de composer avec cette situation qui, de fait, s'imposait comme une donnée d'entrée pour tout travail à conduire sur ce sujet.

Une mise en œuvre bien préparée

Sqybus s'est particulièrement investi dans la mise en route du nouveau service, en mettant notamment l'accent, en amont, sur la formation des conducteurs. L'exploitant a réalisé un livret à leur attention, détaillant pour chacune des lignes son parcours, ses points d'arrêt, ses horaires, ses particularités, etc. Ce « livret conducteur » a été adressé aux responsables de la formation des deux transporteurs concernés (Perrier et Savac), auxquels Sqybus a également proposé de former leurs formateurs, voire leurs conducteurs.

La société Perrier, qui assure une partie des lignes concernées, a accepté la démarche complète. Sqybus a donc pu, avec les formateurs et les conducteurs de Perrier, tester les parcours des lignes et compléter, le cas échéant, le livret conducteur. Pour sa part, la Savac, qui assure l'exploitation des autres lignes, a préféré gérer cette formation en interne.

L'information constituait également un point-clé de la réussite de cette restructuration du réseau. Sqybus a donc mis sur tous les points d'arrêt une information portant sur les nouveaux trajets et horaires. De son côté, la communauté d'agglomération a revu l'ensemble de la signalétique des poteaux et des abribus pour prendre en compte la nouvelle numérotation des lignes.
Dépliant détaillant la desserte complète du lycée de Villaroy établi à l'intention des jeunes et de leur famille.Dépliant détaillant la desserte complète du lycée de Villaroy établi à l'intention des jeunes et de leur famille.

Pour chaque établissement scolaire, la communauté d'agglomération a également réalisé une carte de desserte intégrant toutes les lignes de bus desservant l'établissement, complété au verso par des grilles horaires. Ce document d'information est utilisé, notamment, comme support pédagogique pour apprendre aux élèves à lire un plan de réseau de bus.

Ces cartes de desserte, réactualisées à chaque rentrée scolaire en fonction des nouveaux horaires, sont disponibles dans tous les établissements scolaires et sur Internet (www.sqy.fr/bus-scolaires). En se procurant ce document, les parents d'élèves peuvent ainsi préparer la rentrée de leurs enfants, en leur montrant les itinéraires et l'arrêt de bus qui les concerne.

Après deux ans de fonctionnement, ces cartes doivent être revues à la rentrée prochaine pour prendre en compte le nouveau code couleur de la hiérarchisation du réseau, mis en place en janvier dernier, selon les dernières préconisations du Stif (quatre couleurs, chacune correspondant à un niveau de service).

L'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines a d'ailleurs été une des premières collectivités d'Ile-de-France à adopter la nouvelle charte du Stif.
Un déploiement satisfaisant et un suivi régulier

Après le travail d'analyse et de préparation amont, la rentrée de septembre 2012 a vu la majeure partie du projet se déployer concrètement. Le jour de la rentrée s'est passé sans difficulté majeure. Dès le lendemain, le nouveau réseau fonctionnait et aucune réclamation n'était enregistrée. Lors de la rentrée de novembre 2012, deux derniers établissements bénéficiaient de la nouvelle offre lors de la mise en place d'une restructuration de plusieurs lignes régulières sur leur secteur. C'est sur ce secteur que des ajustements ont dû être mis en place mais uniquement sur des questions de temps de parcours et de capacité non liées à l'usage de l'outil de géolocalisation.

Un rapport complet début 2014

Dès le début de l'année 2013, Sqybus a entrepris un suivi précis de cette « optimisation » grâce à des relevés de terrain permettant de connaître l'usage de ces dessertes : relevés des montées arrêt par arrêt, charge et serpentaire de charge pour chaque course. Ce bilan a donné lieu à un rapport complet remis en février 2014 aux autorités organisatrices (Stif et Casqy).

Le bilan réalisé en 2013 est positif :

• tous les élèves qui étaient desservis continuent à l'être,

• 140 nouveaux élèves peuvent compter sur une desserte directe,

• l'augmentation de la fréquentation sur ces lignes est au rendez-vous, avec une hausse de 10 000 voyages entre 2012 et 2013 (pour information, le total de validations en 2013 est de 84 351),

• les objectifs de fréquentation lignes par ligne sont atteints à une exception.

Pour ce dernier point, la fréquentation par ligne est au niveau attendu sans itinéraire « inutile » comme le montrent les serpentaires de charge (fréquentation d'une ligne au fil des heures et des arrêts) et la liste des arrêts non utilisés.

Afin de mieux comprendre le bilan réalisé par Sqybus, voici les outils mobilisés dont les résultats ont été comparés aux données de géolocalisation.

Sqybus a réalisé une campagne de comptages directement sur le terrain permettant d'établir trois types de mesures : charge par course, serpentaires de charge pour chaque ligne et poids des arrêts de montées et de descentes.

• Le premier graphique (charge par course) permet de déterminer si la capacité de la ligne est suffisante ou si la ligne est inutilisée (voir le graphique 1).

• Puis ces données sont complétées d'un serpentaire de charge (voir le graphique 2). Ce dernier permet de mesurer la charge maximale par course et les lieux de montée et de descente. Sur ce graphique représentant la fréquentation des trois courses au départ du lycée de Villaroy le soir, c'est la course de 16h20 qui compte le plus d'élèves, avec 47 montées au lycée ; les descentes importantes sont concentrées entre les arrêts de Magny les Hameaux « Hôtel de ville » et « Le Buisson ».

• Ces données ont été ensuite comparées aux données de montées et de descente par arrêt pour déterminer si certains tronçons de la ligne étaient inutilisés. Ainsi, pour la ligne 453 desservant le lycée de Villaroy, l'ensemble des arrêts est utilisé à l'exception de deux (Val Saint-Quentin et Les Portiques). Cette analyse montre que l'ensemble de la ligne est utilisé (voir le graphique 3).

Enfin, les données ont été comparées aux résultats de la géolocalisation pour vérifier si l'objectif de fréquentation était atteint ou s'il restait un potentiel autour de certains arrêts.

Au regard de la géolocalisation de 2011 et de l'usage de la ligne mesuré en 2012 et 2013, la grande majorité des élèves utilisent bien la ligne. Cette approche généralisée a permis de montrer l'efficacité du travail fait avec l'appui de l'outil SIG.
Conclusion

Les réseaux scolaires n'avaient pas évolué depuis des années. La démarche globale s'appuyant sur la géolocalisation conduite à partir de fin 2011 a permis d'optimiser les dessertes existantes et de restructurer une grande partie des lignes « dédiées » à quelques établissements scolaires. Plusieurs d'entre elles ont été modifiées, parfois pour mieux couvrir un nouveau secteur, d'autres fois pour éviter un détour inutile. Certains doublons de lignes ont été supprimés, aucune nouvelle ligne n'a été créée et malgré tout, plus de 140 élèves supplémentaires bénéficient désormais d'une liaison en bus directe pour se rendre à leur établissement. Une ligne locale régulière fonctionnant tout au long de la journée a été modifiée pour absorber les contraintes de trois établissements scolaires desservis et « libérer » une ligne forte des contraintes horaires et des importants flux d'élèves.

Si un nouveau recensement global de la géolocalisation des élèves n'est pas prévu prochainement, il pourra néanmoins être réalisé ponctuellement sur certains secteurs, établissements ou lignes. Cette méthode permet d'adapter et de maintenir à jour la desserte des établissements scolaires et sert également pour l'ouverture et l'implantation de nouveaux arrêts en estimant leur potentiel d'attractivité. Ainsi, d'autres ajustements découlant de la géo-localisation sont programmés pour la rentrée prochaine de septembre 2014, en particulier la création d'arrêts supplémentaires dont le besoin a été repéré lors de la phase de cartographie des lieux d'habitat des élèves. Leur création a nécessité un travail de concertation et d'étude avec les gestionnaires de voirie. Cette méthode mise en œuvre pour répondre aux besoins des scolaires est également adaptée en cas de création de nouveaux quartiers résidentiels, mais aussi pour l'arrivée d'entreprises de taille importante.

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