Les Français moins dépendants de leur voiture - VRT du 23 avril 2013

Les Français moins dépendants de leur voiture

Le sondage commandé par France Nature Environnement sur le thème de la mobilité révèle un changement de perception de la voiture par les Français. Même si on est loin de la fin de la « civilisation automobile », c'est un premier pas.

 

Depuis le temps qu'on nous la prédit et surtout qu'on l'invoque pour limiter la pollution urbaine, la désaffection des Français pour la voiture serait à notre porte ! La pédagogie aurait-elle commencé à porter ses fruits ? Toujours est-il que le sondage CSA commandé par France Nature Environnement (FNE) pour son récent congrès de Clermont-Ferrand sur le thème de la mobilité montre deux tendances émergentes : la voiture coûte trop cher et on pourrait avoir recours à la location pour faire des économies. Les Français sont en effet 49 % à juger le coût d'utilisation d'un véhicule individuel comme « trop élevé ». Sans doute un vrai signe de ras-le-bol suite aux hausses régulières des prix à la pompe, et peut-être un début de prise de conscience du coût réel de possession d'une voiture, qu'ils ont habituellement tendance à sous-évaluer. Au point que près d'un tiers (31 %) envisage d'aller jusqu'à déménager « pour se rapprocher de son travail à cause du prix des carburants ». « L'effet domino de la périurbanisation est une question qui devrait vraiment interpeller les aménageurs », souligne Michel Du-bromel, vice-président de FNE et responsable du réseau Transports et mobilité durables. Précision utile : les 711 répondants du panel initial de 1 012 personnes sont tous des utilisateurs réguliers d'un véhicule personnel, voiture ou deux-roues motorisé. « L'idée était de voir dans quelle mesure ils pourraient changer leurs habitudes », raconte Nicolas Fert, chargé d'études senior à l'institut CSA.

49 % des Français interrogés seraient prêt à remplacer la propriété par un système de location de véhicule

De plus, près de la moitié des Français interrogés (49 %) se disent « certainement ou probablement prêts » à remplacer la propriété par un système de location de véhicule, pour peu qu'il y ait de « grosses économies » à la clé. Une (r)évolution notable de la voiture. « Ce changement de comportement est pour nous la principale surprise de cette enquête, estime Michel Dubromel. Si la raison du coût, qui était d'ailleurs dans la question, intervient, ça n'est pas la seule explication. Les difficultés de stationnement, la communication des collectivités locales sur le covoiturage, la notoriété des systèmes nouveaux comme Autolib' ont aussi leur influence. » Naturellement, de l'intention à l'action, il n'y a pas qu'un pas. Pour rappel, on compte à ce jour à peine 50 000 auto-partageurs en France, selon la dernière étude 6-t et France Autopartage. « La crise agit sur des comportements pourtant bien enracinés, la possession qui signifie aussi autonomie, statut social, etc., n'est plus un absolu », analyse de son côté Nicolas Fert.

Autre réponse intéressante : 52 % des répondants réduiraient certainement ou probablement leur utilisation de la voiture moyennant une amélioration sensible de l'offre TC. Une propension cependant plus répandue chez les cadres, professions libérales (66 %) et intermédiaires que chez les employés et ouvriers (39 %). Rien d'étonnant si l'on considère qu'ils sont plus nombreux à habiter les centres urbains mieux maillés en TC que les périphéries de villes. Mais les CSP+ ont aussi habituellement « une plus grande ouverture au changement sur les questions de comportement, de sensibilité écologique », poursuit-il. Plus contrariant pour les exploitants et les pouvoirs publics, 82 % des sondés souhaitent que l'Etat fasse baisser le prix des tickets, chose difficilement compatible avec l'amélioration de l'offre… Et puis, s'il y a matière à se réjouir avec les résultats de ce sondage, modérons notre emballement. Car comme le rappelle l'urbaniste Jean-Marc Offner dans sa tribune « Quitter la voiture ? » pour le Forum Vies Mobiles de la SNCF : « Il est tentant, à coup de signaux faibles, de déclarer la fin de la civilisation automobile. Mais les qualités qui ont fait son succès mondial perdurent : polyvalence, autonomie, performance. Nos sociétés mobiles continueront à valoriser un outil tellement bien adapté à nos besoins et à nos désirs de déplacement. »

Cécile Nangeroni
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