Grand Paris : Le retour de la Seine

 Le projet de loi sur les métropoles a été adopté par les députés le 23 juillet. Pour Lyon, il n’y avait pas de problème, pour Marseille, c’était plus épineux. Mais pour Paris, un vrai casse-tête, qui ne pouvait s’éterniser.

Démolie par les sénateurs, la métropole du Grand Paris a été relevée par les députés, selon un nouveau projet. Le texte présenté d’abord reposait sur une généralisation des intercommunalités. Le projet voté le mardi 23 juillet supprime ces intercommunalités pour en créer une seule : la métropole du Grand Paris. Le Sénat doit revoir le texte fin septembre ou début octobre. Cette fois, on ne s’attend pas à une opposition frontale. Exemple : Philippe Dallier, sénateur UMP, auteur d’un rapport en faveur d’une reconstitution du département de la Seine, totalement opposé au projet initial, est favorable au nouveau.

Mais les grands élus, de droite ou de gauche (PC ou ex PC), vont-ils  désarmer ? Le projet prend à rebours la démarche « coopérative » jusqu’à présent suivie, incarnée par le syndicat d’élus Paris-Métropole. Tout le discours sur la métropole « en archipel », « polycentrique » semble oublié. Patrick Braouezec, président de Plaine Commune, dénonce donc un « putsch parlementaire ». Christian Favier, président du conseil général du Val-de-Marne regrette dans le JDD un « débat réglé en trois jours, entre socialistes ». Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine, dénonce dans Libé « l’annexion jacobine ». Il faut dire que les conseils généraux de petite couronne devraient, selon la logique enclenchée par le texte, se fondre un jour dans la métropole, qui renouerait avec l’ancienne Seine. On dit d’ailleurs que Claude Bartolone, élu de Seine-Saint-Denis, président de l’Assemblée nationale et partisan déclaré d’une reconstitution du département éclaté en 1968 a joué un grand rôle dans la formule finalement présentée.

Mais ça, c’est pour plus tard. Ce qui figure dans le projet c’est, le 1er janvier 2016, la fusion des 19 établissements publics de coopération intercommunale de la petite couronne dans un seul et même EPCI. Si, en première couronne, les barons locaux risquent de voir leur pouvoir leur échapper, en dehors de la métropole, l’angoisse est différente. La peur, c’est d’être laissé pour compte. Que la ligne 15 du métro du Grand Paris Express devienne une nouvelle frontière, comme aujourd’hui le périphérique. Ce qui serait d’autant plus malheureux que — des travaux de l’Atelier international du Grand Paris le montrent — un vrai dynamisme métropolitain s’observe aujourd’hui…  en grande couronne. Et que les villes nouvelles de Delouvrier, que Roissy, Orly, Saclay sont en dehors de la métropole.

La métropole regroupera les 124 communes de la petite couronne. Elle aura compétence avant tout sur l’aménagement. Mais elle ne sera pas indifférente aux questions de la mobilité. Comment s’accorder alors avec le Stif et la région ? Valérie Pécresse (UMP) s’interroge  : « Vous entendez confier la compétence en matière de logement à la métropole alors que c’est la région qui est compétente en matière de transports. Allez-vous faire des logements sans transports ou exiger de la région qu’elle concentre ses infrastructures de transport sur le centre du territoire et cesse de se préoccuper des territoires franciliens périphériques ? » Yves Albarello (UMP), co-rapporteur sur l’application de la loi Grand Paris, pour sa part : « La Métropole décidera aussi sur la mobilité durable. La Région aura-t-elle toujours la compétence des Transports ? »

Après le vote négatif du Sénat, un « collectif d’acteurs franciliens » (architectes, urbanistes, universitaires), catastrophé, avait publié une tribune dans la presse avertissant : « le pire serait de ne rien faire ». Ils ne doivent pas être déçus.

FD

 

 

 

 

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