Et voici le nouveau Grand Paris de Jean-Marc Ayrault - VRT du 20 mars 2013

Et voici le nouveau Grand Paris de Jean-Marc Ayrault - VRT du 20 mars 2013

Jean-Marc Ayrault a présenté le 6 mars ses décisions sur les transports en Île-de-France. L'ensemble des projets régionaux s'intègre dans un seul système formant le “nouveau Grand Paris”. Le futur réseau de métro, aux capacités adaptées, moins coûteux, sera achevé en 2030. Et le plan de mobilisation de la Région, avec la remise à niveau des RER et le prolongement d'Eole à l'ouest, sera mené à bien.

 


Symbolique : L'intégration du nouveau métro dans le système existant
C'est un symbole. Et c'est donc essentiel. À la carte du métro du Grand Paris a été substituée une carte plus complexe et bien plus complète. Le nouveau réseau s'intègre au réseau ferré existant de l'Île-de-France et aux autres projets. Les lignes Rouge, Verte, Bleue du métro du Grand Paris et la ligne complémentaire Orange changent de couleur et gagnent des numéros. On a maintenant, d'une part, deux lignes violettes, la 14 prolongée et la future 15, de l'autre, des lignes roses, 16, 17 et 18. La numérotation les intègre au réseau de métro. L'ex-ligne Rouge est à la fois maintenue et disloquée. Pour l'essentiel, elle devient la ligne 15, se métamorphose en ligne 16, à l'est, et, du Bourget jusqu'au Mesnil-Amelot est rebaptisée ligne 17. La fonction de rocade interopérable qui était la sienne est assurée maintenant par la ligne 15. Celle-ci forme une sorte de spirale partant de Noisy-Champs, allant à Champigny - Pont de Sèvres - La Défense - Saint-Denis-Pleyel, puis redescendant par l'ex-ligne Orange jusqu'à Champigny. Au bout du compte, cette rocade à grande capacité serre de plus près Paris intra-muros que la ligne Rouge.


Comme le préconisait Auzannet 1, des moyens de transport adaptés aux trafics
La modulation du nouveau réseau en fonction des trafics, selon une politique de réponse à la demande et non d'offre volontariste, était préconisée par un premier rapport de Pascal Auzannet. L'idée, retoquée par le gouvernement Fillon, restait sous-jacente. Les lignes roses lui donnent forme. La ligne 16, Noisy-Champs - Clichy-Montfermeil - Saint-Denis-Pleyel, la 17, Le Mesnil-Amelot. - Roissy - Le Bourget (puis Pleyel en tronc commun avec la 16), la 18, Orly - Saclay - Versailles, seront dotées de « solutions de transport automatique à capacité adaptée ». Quant à la 15, elle aura le gabarit du métro parisien, et la longueur de quais pourra être ajustée (on évoque 90 m au lieu de 120).


Et selon Auzannet 2 Horizon 2030
Le mot phasage n'est pas prononcé, mais la réalisation ne sera pas simultanée (voir les étapes sous la carte).


RATP gagnante, la ligne 11 jusqu'à Noisy-Champs
C'était une suggestion de la RATP. Aller au-delà du prolongement de la ligne 11 (Châtelet-Les Halles - Mairie-des-Lilas), prévu jusqu'à Rosny-Bois-Perrier et déjà amorcé (le schéma de principe d'une première phase jusqu'à Romainville a été approuvé à l'issue de la concertation par le conseil du Stif en février 2011). En poussant jusqu'à Noisy-Champs, la ligne 11 va jouer le rôle d'une des deux branches de l'ex-ligne Orange. Mais la proposition de la RATP ne comportait pas l'automatisation de cette ligne, dont la faisabilité va être mise à l'étude. De toute façon, le matériel de la ligne doit être renouvelé vers 2020.



RATP perdante, pas de ligne 14 jusqu'au Bourget
On savait que la ligne 14 n'irait pas jusqu'à Roissy comme le voulait Pierre Mongin. Elle n'ira pas non plus jusqu'au Bourget, selon une nouvelle proposition de la RATP. Mais celle-ci, au bout du compte, s'en sort fort bien. Les propositions de Jean-Marc Ayrault ne changent rien à son rôle déterminant dans le futur réseau. C'est elle qui va gérer, selon la loi, la nouvelle infrastructure. Quant à l'exploitation des trains à proprement parler, sur les lignes 15, 16, 17 et 18, elle sera mise en concurrence selon les termes du règlement européen OSP. Gestionnaire d'infrastructure d'un côté, la RATP sera candidate de l'autre à l'exploitation.


Essentiel pour RFF/SNCF Eole enfin financé
Le prolongement du RER E à l'ouest doit être réalisé en 2020. Guillaume Pepy avait récemment rappelé à l'Assemblée nationale qu'il s'agissait moins d'un prolongement que de l'achèvement du programme.


Comme le voulait la Région, les revenus de la SGP utilisés pour le plan de mobilisation
Jean-Paul Huchon l'a maintes fois demandé. La manne de la Société du Grand Paris est aujourd'hui largement suffisante pour la phase d'études du futur réseau, alors qu'il manque 3 milliards (4 selon une précédente estimation) pour financer le plan de mobilisation de la Région jusqu'en 2017. Le gouvernement donne raison à Jean-Paul Huchon. Mais il faudra compenser la contribution exceptionnelle de 2 milliards demandée à la SGP (un pour Eole, un pour d'autres opérations du plan de mobilisation). D'où la recherche de ressources nouvelles (voir ci-dessous). Le milliard de dotation de l'État (sur les quatre promis du temps de Sarkozy) sera versé « en cas de besoin ». Façon de dire qu'il faut se préparer à compter sans lui.


Malgré Bercy, le déplafonnement de la taxe sur les bureaux
Comment financer tout cela? Un des moyens, assez consensuel (malgré un récent communiqué de l'UMP régionale), c'est le déplafonnement de la taxe sur les bureaux. Les recettes annuelles de la SGP pourraient ainsi passer de 345 millions d'euros en 2013 à 539 millions en 2015 et grimper ensuite à 600 millions. D'où une capacité de financement de 21,8 milliards d'euros. Autant dire que l'État se prive de ressources. Et que l'opération n'a pas dû être du goût de Bercy.


Serpent de mer, la dépénalisation du stationnement
En un premier temps, la pression fiscale ne doit pas augmenter. Mais, à partir de 2020, quand on commencera à avoir des premières réalisations, certaines pistes, explorées par le rapport Carrez, permettront de boucler le financement. Ces recettes fiscales supplémentaires devraient dégager 150 millions par an. De plus, pour les collectivités territoriales, amenées à contribuer à l'adaptation des réseaux existants pour 1,5 milliard au moins, on reparle notamment de la dépénalisation du stationnement, vieille et constante revendication du Gart. Et d'un doublement des amendes pour les infractions au stationnement.


Attendu La redistribution des cartes Stif/SGP
La gauche s'était offusquée de voir le Stif à peine installé dépourvu d'une partie de ses prérogatives au profit de la SGP. Le Stif devrait redevenir autorité organisatrice de plein exercice, la SGP devenant un opérateur de l'État comme un autre (RFF, SNCF, RATP). Confinée (mais confirmée) dans ses fonctions de maître d'ouvrage, la SGP deviendrait maître d'ouvrage délégué de l'ex-ligne Orange (sous maîtrise d'ouvrage Stif en tant qu'issue du projet régional Arc Express).


Encore raté, pas de CDG Express à l'horizon
Du sort de CDG Express pouvait dépendre celui de la desserte de Roissy, même si les élus de la zone bondissaient à cette idée. Pour choisir en connaissance de cause, le gouvernement devait en début d'année disposer d'une proposition commune de quatre établissements publics ADP, RATP, RFF, SNCF. Mais les quatre ne sont pas parvenus à mettre en œuvre conjointement le projet. On s'oriente, éventuellement, vers une nouvelle formule : une maîtrise d'ouvrage commune ADP-RFF, montée de telle sorte que sa dette ne soit pas consolidée dans celle de RFF, et une concession privée simplement pour l'exploitation. À suivre…


L'inconnue, le financement du fonctionnement
À supposer que le financement soit bouclé, qu'on n'ait pas besoin des quatre milliards de l'État dont même le premier a semblé s'évaporer, comment va-t-on faire pour financer les services ? Le taux de couverture des coûts du transport par les recettes tarifaires, hors investissement, est de 39 % en Île-de-France. C'est loin d'être ridicule, mais l'extension du domaine des services va se traduire par une explosion du volume des déficits. Et, sur ce point déterminant, le silence est constant et étonnant.



Schéma d'ensemble du Grand Paris :

sgp-grandparisexpress-final.jpg(SGP)
      
À l'horizon 2020
Le prolongement d'Eole à l'ouest est mis en service; de même que la ligne 11 jusqu'à Rosny-Bois-Perrier (à l'est); la ligne 4 jusqu'à Bagneux (au sud); et la ligne 15 de Pont-de-Sèvres à Noisy-Champs, formant un arc sud d'ouest en est.

À l'horizon 2025
La ligne 18 relie Massy au plateau de Saclay au sud-ouest; la ligne 15 est prolongée de Pont-de-Sèvres à Nanterre (à l'ouest); elle relie également Saint-Denis-Pleyel (au nord) à Rosny-Bois-Perrier (à l'est); la ligne 16 relie Noisy-Champs (à l'est) au Bourget (au nord); la ligne 17 Le Bourget à Gonesse (plus au nord); et les deux lignes forment un tronc commun entre Saint-Denis-Pleyel et Le Bourget. La ligne 14 est prolongée au nord jusqu'à Saint-Denis-Pleyel et au sud jusqu'à Villejuif-Institut-Gustave-Roussy; et la ligne 11 de Châtelet-Les Halles à Noisy-Champs, à l'est (si l'optimisation est retenue).

À l'horizon 2030
L'ensemble des lignes 14, 15, 16, 17, 18 est réalisé.


François Dumont

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